La France occidentale LES CHÂSSIS de fenêtres du XVe au XVIIIe siècle

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Arnaud TIERCELIN

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Fiche n°7.1 - Les croisées du Moyen Âge d’Eugène Viollet-le-Duc


Depuis quelques décennies, la demeure médiévale intéresse à nouveau les chercheurs et fait l'objet de nombreuses études qui ont permis, notamment à l'aide de l'archéologie du bâti et de la dendrochronologie, de mieux la connaître et de mieux la dater. Des recensements exhaustifs faits, entre autres, à Cluny, Figeac, Cahors et Montpellier ont montré la diversité des programmes et des solutions mises en œuvre pour y répondre. Ils nous font également percevoir l'importance de la maison en pierre, longtemps ignorée.

Toutefois, malgré des avancées considérables, un domaine reste profondément dans l'ombre : celui des clôtures de baies. Bien des publications abordent dans le détail l'évolution des fenêtres et plus particulièrement leur élévation extérieure, qui a longtemps constitué un critère de datation, mais aucune ne permet d'avoir une idée précise de leur fermeture. Faute de témoins, les auteurs nous renvoient parfois vers les châssis de fenêtres qu'Eugène Viollet-le-Duc a publiés dans son Dictionnaire de l'architecture sans les confronter aux connaissances acquises dans le domaine. L'exercice est bien évidemment difficile puisque ses exemples s'arrêtent là où commencent les nôtres, c'est-à-dire à la fin du XVe siècle. Bien qu'en la matière, l'évolution ne soit pas linéaire, que les fermetures répondent à des programmes différents et que les régions puissent se subdiviser en de multiples terroirs offrant autant de particularismes, les témoins aujourd'hui conservés permettent d'avoir une vision assez précise des savoir-faire des menuisiers et serruriers pour clore les baies à partir de la fin du Moyen Âge.


Les menuiseries recensées par Viollet-le-Duc provenaient de demeures nobles de Paris ou de régions proches et répondaient à des programmes ambitieux. Elles peuvent donc être analysées au regard des croisées subsistantes qui, pour l'essentiel, remplissaient les mêmes objectifs et ont hérité logiquement des expériences passées. La vallée de la Loire, en bénéficiant de la présence royale, a constitué au XVe siècle et durant les premières décennies du suivant un territoire riche en artistes et artisans de talent qui ont permis de mettre au point nombre de leurs caractéristiques. Cette région ayant heureusement conservé des témoins significatifs, elle constitue une base d'analyse sérieuse qui offre de nombreux exemples des techniques issues des siècles précédents. Bien qu'elles soient rares, mais remarquablement bien décrites, les croisées disparues de Viollet-le-Duc associées à nos témoins d'aujourd'hui devraient donc nous permettre de retrouver une ligne conductrice qui nous transporterait du XIIe au XVIIIe siècle sans heurt majeur. Pour mener à bien cet exercice, nous nous sommes appuyé essentiellement sur les trois articles « Fenêtre », « Menuiserie » et « Serrurerie » du Dictionnaire de l'architecture qui livrent maints détails sur la fabrication des châssis. Nous avons éliminé tous les châssis reproduits par l'architecte pour lesquels il n'était pas clairement établi qu'ils provenaient de l'observation de vestiges. Seulement quatre sont cités comme des témoins enregistrés par Viollet-le-Duc. Heureusement, ils couvrent autant de siècles qui nous font défaut : le XIIe s. avec la tour de Bichat à Paris, le XIIIe s. avec le bâtiment abbatial de Château-Landon, la fin du XIVe s. avec le château de Pierrefonds et le XVe s. avec l'hôtel de la Trémoille à Paris.


Pour chaque édifice, nous laisserons d'abord la parole à l'architecte puis analyserons point par point les caractéristiques des châssis pour les confronter aux témoins de l'ouest de la France.

Fiche n°7 - Les croisées du Moyen Âge d’Eugène Viollet-le-Duc